Rachel Grimaud

La "collecteuse collectée"

Rachel Grimaud
Rachel Grimaud et Guy Martin (1976)

Rachel Moynaton est née au mois de mai 1887 à Saint-Aubin-le-Cloud. ("Saint-Aubin les Caboches, comme elle se plaît à le répéter), d'une famille dissidente de "la Petite Église".
Elle passe ses premières années à Chabosse, village important de la commune, et fréquente l'école dès l'âge de 7 ans, jusqu'au Certificat d’études.
De son enfance, elle se rappelle les carrières de granit de Fénéry et leurs centaines d'ouvriers, des grands champs de genêts... de la "tiretaine" ou droguet, tissu fait de lin, de chanvre et de laine... et de coiffes, rares après 1900.

Elle a surtout une bonne mémoire qui lui permet, pendant les noces où sa mère "donne la main", ou sur les places de village, d'écouter et de retenir... Un jour de mariage, au village, elle s'amusait près de chez elle avec sa dînette (elle chantait toujours), la mère de la mariée l'entendit et l'invita à venir chanter. Ce fut sa première prestation en public... et l'occasion de remplir son tablier de gâteaux...

Elle aime bien chanter, il lui suffit d'entendre une fois les chansons pour les apprendre; de sa mère et de sa grand-mère (née en 1800) qui aiment, elles aussi beaucoup chanter; d'un compagnon, François "la Rigueur"... comme "Quand j'étais fille a mariàe"....
Des violoneux, elle se rappelle leurs "ricoin-coins", sortes de ritournelles, jouées entre chaque couplet.

 

Munie de son seul certificat d'études primaires, Rachel Grimaud (1887-1980) fut tout à la fois collectrice et interprète de chansons traditionnelles, chansonnière par ses créations, folkloriste par sa démarche et une véritable conteuse-chroniqueuse.
A la façon des humanistes, elle a bâti son savoir par l'enquête orale, la lecture, l'écriture et l'expérimentation.

 

Chansons de vie

Pour elle les chansons sont souvent liées à des occasions, des histoires plus ou moins heureuses, de l'école, des noces, des travaux des champs... comme celle de la bergère morte à 15 ans, de chagrin à force d'être dans la solitude. Les genêts étaient tellement hauts, disait-elle, que les bergers ne se voyaient pas entre eux et étaient obligés de s'appeler. Cette bergère s'était "fabriqué" une chanson qu'elle chantait sans cesse "I ae pas d'argent bounes jhens – Prsoune m'en doune – Quant i en arae bounes jhens – I en douneraie a prsoune."

Sa grand-mère lui raconte des histoires de gosses miséreux qui cherchaient du pain, vers 1850.
Aux enterrements, les gens riches faisaient une "dounée de pain".


Elle-même se souvient des gros fermiers qui "boulangeaient", uniquement pour l'aumône. A cette époque, un jardin et une chèvre suffisaient pour une famille.

Collectage Rachel Grimaud par André Pacher (1976)

Coirault, Bujeaud, Grimaud...

Rachel Grimaud et Viviane Pourruch, Secondigny (1976)

Plus tard elle entretient son répertoire avec ses voisines, Irène Châtain, Odélie Chouc et d'autres chanteurs et chanteuses. Elle compare les différentes versions, réécrit les siennes en français ou en poitevin... Elle découvre ensuite d'un recueil de Jérôme Bujeaud et aime comparer les paroles recueillies avec les siennes.

Elle remplit cahiers fiches de chansons et de "noëls"... parfois elle note les origines...

Il suffit d'écouter pour voir avec quelle aisance elle triture les chansons, elle prend un air qui sonne bien, y ajoute des paroles qu'elle connaît, y place d'autres couplets... Elle crée même une chanson sur les Fêtes Poitevines en 1976...  Ou, "les voilà les Compagnons", dédiée aux Compagnons de la Belle Fille, association de culture populaire. Elle écrit d'ailleurs son propre glossaire grâce à différents emprunts (l'un de ses cahiers porte en titre : "langue des Gaulois"!) et, surtout, elle adore écouter les autres...

Quand elle cherche à arranger les fins de chansons à sa manière, en les rendant moins grivoises, son fils lui rappelle : "On est au pays de Rabelais ou on ne l'est pas". Dans ces cas là, lorsqu'elle est fatiguée, elle dit qu'elle a la tête "fracassée".

 

 

Une mémoire convoitée...

Plusieurs personnes l'ont enquêtée : A. Pacher, J. Rouger, M. Lacombe, V. et G. Pourruch, R. Simonet, P. et M.-R. Marcireau... . Des dizaines de bandes et de cahiers nous permettent aujourd'hui de la retrouver, de la réécouter et d'apprécier son répertoire... Des centaines de chansons de cours d'écoles, complaintes, chansons à boire, gavottes de danses, sans doute l'un des plus riches répertoires de chansons traditionnelles de notre région.

rédigé par Dominique Simonet
pour le Rimajhes de 1996.

Retrouvez les notices des sons proposés en lien dans la présentation ci-dessus, ainsi que d'autres extraits de chansons avec leurs références sur la base de données du CERDO.

Un répertoire toujours vivant..

Le répertoire de Rachel est toujours vivant. Pour preuve, cette petite sélection de morceaux qu'elle interprétait dans les années 70 et repris aujourd'hui.

Dans la ville de Nantes par Rachel (1974)

Dans la ville de Nantes par David de Cornulier (2004)

Irène Châtain, Odélie Chouc et Rachel collectées par Gérard Pourruch et André Pacher en 1974 à Saint-Aubin-Le-Cloud (coll. CERDO, fonds UPCP-Métive)